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Les trois singes de la sagesse

Naomie Bessonnet
Naomie Bessonnet
Depuis longtemps fascinée par l’Inde et les cultures himalayennes, j’ai appris le népalais et l’hindi et exploré leur spiritualité. Aujourd’hui installée en Inde, je vis pleinement cette culture et son énergie, pour un véritable éveil de conscience.

Trois gestes simples. Trois visages silencieux. Depuis des siècles, ces singes énigmatiques traversent les cultures et les croyances, porteurs d’un message discret, presque secret, destiné à celles et ceux qui prennent le temps d’écouter.

Les trois singes de la sagesse

Un symbole ancestral entre spiritualité, conscience et philosophie de vie

On les a tous déjà croisés, sous forme de statuettes, d’illustrations ou de photographies : trois petits singes, dont l’un se couvre les yeux, le second la bouche, et le troisième les oreilles. En Occident, ils sont souvent perçus comme de simples objets décoratifs, amusants ou exotiques. Pourtant, derrière cette image familière se cache une symbolique profonde, héritée de plusieurs millénaires de traditions spirituelles asiatiques.

Bien plus qu’un motif esthétique, les trois singes de la sagesse incarnent une véritable philosophie de vie, tournée vers la conscience, la maîtrise de soi et la transformation intérieure.

Origines anciennes et croisements culturels

L’origine exacte des trois singes reste difficile à dater avec précision. Leur symbolique apparaît progressivement dans différentes traditions asiatiques, notamment dans les textes fondateurs de la pensée confucéenne, rédigés entre le IVᵉ et le IIᵉ siècle avant notre ère.

Au VIIᵉ siècle, leur diffusion s’intensifie à travers les voyages du moine bouddhiste Xuanzang, célèbre pour avoir quitté la Chine afin de rejoindre l’Inde et rapporter des textes sacrés. Selon la légende, il aurait été accompagné dans son périple par un singe, contribuant ainsi à populariser cette figure symbolique dans les cultures bouddhistes.

Parallèlement, une tradition japonaise ancienne, le culte de Kōshin, associe les trois singes à la croyance en des esprits invisibles, les Sanshi, chargés d’observer les actions humaines. Cette dimension spirituelle renforce l’idée d’une vigilance intérieure et d’une éthique du comportement.

L’une des plus anciennes représentations connues se trouve sur les panneaux sculptés du temple Toshogu à Nikko, au Japon, suggérant que l’archipel nippon a joué un rôle majeur dans la transmission et la fixation de ce symbole.

Les noms et leur sens caché

Les trois singes sont appelés Mizaru, Kikazaru et Iwazaru. En japonais :

  • miru = voir
  • kiku = entendre
  • iu = dire

La terminaison zaru exprime la négation.

Ainsi, leurs noms signifient littéralement : ne pas voir, ne pas entendre, ne pas dire.

Ce jeu de langage donne naissance à l’interprétation la plus répandue : 👉 ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal.

Mais cette lecture, trop littérale, ne suffit pas à saisir toute la subtilité du message.

Une signification plus profonde

Au-delà de la simple injonction morale, les trois singes invitent à une réflexion intérieure bien plus fine. Leur posture symbolise une relation consciente à nos perceptions, à nos paroles et à nos pensées.

Car chaque regard, chaque mot, chaque son que nous accueillons laisse une empreinte en nous. Voir le mal, l’entendre, le propager, c’est parfois lui donner davantage de pouvoir.

Cependant, ignorer la réalité n’est pas une solution. Fermer les yeux sur l’injustice ou la souffrance peut aussi devenir une forme de renoncement. La sagesse des trois singes ne nous invite donc pas à l’aveuglement, mais à la lucidité intérieure.

Une lecture spirituelle contemporaine

Une interprétation plus moderne, issue des traditions méditatives, propose une lecture plus subtile :

Je vois tout, mais je ne m’y attache pas. J’entends tout, mais je ne m’y accroche pas. Je pense, mais je ne me laisse pas envahir.

Autrement dit, il s’agit de cultiver une présence consciente, sans se laisser dominer par le tumulte extérieur. Cette posture rappelle les principes fondamentaux de la méditation : observer sans juger, accueillir sans s’identifier, ressentir sans se perdre.

Les trois singes deviennent alors des guides symboliques vers une forme de paix intérieure, une invitation à ralentir, à filtrer, à choisir ce que l’on laisse entrer dans notre espace intérieur.

Une philosophie de vie universelle

Chacun peut trouver dans ce symbole sa propre interprétation. Certains y verront un appel à la prudence, d’autres une incitation à la sagesse, d’autres encore un chemin vers la connaissance de soi.

Ce qui demeure, c’est leur capacité à nous interroger : 👉 Que choisissons-nous de voir ? 👉 Que décidons-nous d’écouter ? 👉 Comment utilisons-nous notre parole ?

Les trois singes nous rappellent que la transformation commence souvent par de petits gestes intérieurs.

Une anecdote inspirante

On raconte que Mahatma Gandhi conservait toujours sur lui une petite sculpture représentant les trois singes. Ce serait la seule concession matérielle qu’il se serait autorisée, tant ce symbole incarnait à ses yeux l’essence même de sa philosophie : simplicité, maîtrise de soi et engagement spirituel.

Publié le 13 février 2026 | Mis à jour le 13 février 2026
Naomie Bessonnet
Naomie Bessonnet
Depuis longtemps fascinée par l’Inde et les cultures himalayennes, j’ai appris le népalais et l’hindi et exploré leur spiritualité. Aujourd’hui installée en Inde, je vis pleinement cette culture et son énergie, pour un véritable éveil de conscience.
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